De l’Afrique à la Belgique : le trafic de viande de brousse explose

De l’Afrique à la Belgique : le trafic de viande de brousse explose

Mercredi 3 octobre 2018 — Ce soir, les émissions « On n’est pas des pigeons » (RTBF) et « Pano » (VRT) diffusent un reportage exclusif sur la consommation de viande de brousse dans notre pays. Ce phénomène est en train d’exploser à l’échelle mondiale. La chasse non durable contribue à vider les forêts et savanes africaines de leur faune sauvage et ce, à un rythme croissant. Comme le montre le reportage de la RTBF et celui de la VRT, des indices sérieux semblent indiquer que de la viande de brousse pénètre en Europe par l’aéroport de Zaventem. 

Bruxelles, le 3 octobre 2018 – Ce soir, les émissions « On n’est pas des pigeons » (RTBF) et « Pano » (VRT) diffusent un reportage exclusif sur la consommation de viande de brousse dans notre pays. Ce phénomène est en train d’exploser à l’échelle mondiale. La chasse non durable contribue à vider les forêts et savanes africaines de leur faune sauvage et ce, à un rythme croissant. Comme le montre le reportage de la RTBF et celui de la VRT, des indices sérieux semblent indiquer que de la viande de brousse pénètre en Europe par l’aéroport de Zaventem. Le WWF demande au gouvernement belge et aux compagnies aériennes de lutter activement contre ce trafic illégal en renforçant les contrôles douaniers et en sensibilisant les voyageurs.

 

Partout dans le monde, les effectifs d’animaux sauvages reculent dans des proportions sans cesse croissantes, en raison de la destruction de leur habitat et de la chasse non durable. Pour de nombreuses populations humaines, la consommation de viande de brousse constitue encore une partie importante des apports alimentaires. Mais la consommation de viande de brousse a désormais largement dépassé les limites de ces communautés locales.

Sofie Ruysschaert, chargée de politiques Vie sauvage au WWF-Belgique : « L’accroissement démographique dans les campagnes et les villes ainsi que le désenclavement de territoires autrefois inaccessibles contribuent au développement du commerce de viande de brousse. Celui-ci est aussi stimulé par la demande croissante en Occident. Bien que le commerce de viande soit soumis à des normes sanitaires strictes et que les espèces sauvages soient protégées par la loi, de grandes quantités de viande de brousse entrent illégalement en Europe chaque semaine, en provenance d’Afrique. Des émissions et reportages de la RTBF et de la VRT montrent que ce trafic transite également par la Belgique. Notre pays doit prendre ses responsabilités en renforçant les contrôles douaniers et en sensibilisant les consommateurs. Ces mesures aideraient à lutter efficacement contre le commerce des animaux sauvages, et contribuer ainsi à leur protection dans leur pays d’origine. »

 

Trois millions de tonnes par an

Depuis des temps immémoriaux, la consommation de la viande d’animaux sauvages apporte une contribution essentielle à la survie des êtres humains à travers le monde. La viande de brousse assure aujourd’hui encore la sécurité alimentaire (elle constitue parfois jusqu’à 90 % des apports en protéines animales consommées localement) et constitue une source de revenus pour les familles de régions rurales. Mais la croissance de la population crée un déséquilibre entre l’offre et la demande. Par la construction de routes et l’établissement de camps de travailleurs, les exploitations forestières et minières contribuent à rendre plus accessibles des régions reculées de l’arrière-pays, de sorte que de nouvelles zones se trouvent exploitées par des chasseurs utilisant des techniques sophistiquées. Chaque année, ce sont plus de trois millions de tonnes de viande de brousse qui sont ainsi prélevées dans le bassin du Congo. Cela équivaut environ à la moitié de la production annuelle de viande bovine dans les pays de l’Union européenne.

En l’absence d’une législation efficace et de sa mise en application effective, la chasse et le commerce de viande constituent désormais la principale menace pour 85 % des primates et des ongulés vulnérables. Mais c’est toute la biodiversité qui en fait les frais dans les régions d’origine, avec le développement du syndrome des « forêts vides », conséquence de la disparition d’espèces clés dans les écosystèmes (p.ex. des espèces indispensables à la dispersion des graines). Pour les populations locales, il est également de plus en plus difficile de répondre à leurs besoins journaliers en protéines. De plus, les risques sanitaires augmentent avec la consommation de viande de brousse, puisqu’on estime que 75 % des maladies infectieuses émergentes peuvent être transmises des animaux aux humains.

 

Zaventem, plaque tournante européenne ?

De plus en plus de citadins en Afrique et ailleurs dans le monde sont prêts à consentir des dépenses supplémentaires pour s’offrir de la viande de brousse, considérée comme un mets délicat. Cette demande dope le commerce international, bien qu’il reste relativement limité en comparaison avec le marché local. Lors d’une opération internationale menée par INTERPOL en mai dernier contre le trafic de plantes et d’animaux sauvages, la viande de brousse a été la marchandise la plus confisquée, avec 43 tonnes de viande saisie sur une période de quatre semaines. Une étude a estimé que 273 tonnes de viande de brousse étaient importées à Paris chaque année (soit environ cinq tonnes par semaine) via l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle et 40 tonnes en Suisse. Les mêmes chercheurs soupçonnent l’aéroport de Zaventem d’être une plaque tournante pour l’importation de viande de brousse, en raison du nombre élevé de vols en provenance d’Afrique. Une enquête du gouvernement fédéral est actuellement en cours en vue d’estimer l’ampleur de ce trafic. Jusqu’à présent, le défaut d’application de la loi empêche d’enrayer cette tendance néfaste.

 

Une partie de la solution est dans les mains des autorités belges

Selon le WWF, les solutions doivent prendre en compte tous les niveaux de la chaîne commerciale. Une meilleure application de la loi est nécessaire, par le biais de contrôles plus efficaces et de verbalisations (ayant un effet dissuasif) dans les aéroports et les commerces. En outre, une collaboration doit être développée avec les communautés locales et la diaspora africaine, afin de faire progresser la prise de conscience parmi les consommateurs. Les récents reportages télévisés démontrent que la Belgique a un rôle urgent à jouer. C’est seulement par les efforts conjugués de tous les acteurs concernés que l’on pourra mettre un terme au commerce illégal d’animaux sauvages. Les 11 et 12 octobre, une conférence internationale importante concernant le commerce illégal des espèces menacées se tiendra à Londres. Lors de cette conférence, il sera demandé aux gouvernements d’intensifier leurs actions contre ce trafic. Le WWF demande à la Belgique de montrer l’exemple en prenant ses responsabilités pour la protection des espèces sauvages.          

          

cynthia.bashizinabizana@wwf.be Porte parole at WWF