La situation des éléphants d’Afrique plus critique que jamais - le Gabon a perdu 80 % de sa population

La situation des éléphants d’Afrique plus critique que jamais - le Gabon a perdu 80 % de sa population

Vendredi 24 février 2017 — Une équipe de chercheurs américains a présenté hier une nouvelle étude qui met en lumière des chiffres interpellants : entre 2004 et 2014, les braconniers ont tué 80 % des éléphants de forêt du Gabon. En dix ans, environ 25 000 éléphants ont été victimes de la chasse illégale dans le Parc National de Minkébé, l’un des rares endroits où vivent encore des éléphants de forêt.

Nous avons demandé à Pauwel de Wachter, notre expert en criminalité liée à la vie sauvage au Gabon, comment le braconnage pourrait être endigué : « Cette étude se base sur les recensements effectués par le WWF et d'autres organisations telles que WCS depuis 2004. Le rapport confirme malheureusement la situation particulièrement dramatique des éléphants de forêt vivant dans le bassin du Congo. La pression s’intensifie désormais sur les dernières populations d’éléphants du Gabon, de la République du Congo et du Cameroun. Quant aux derniers refuges tels que le Parc National de Minkébé dans le nord du Gabon, ils ne semblent pas non plus épargnés par le trafic international de l’ivoire. Dans le nord du Gabon, le prix de l’ivoire est aujourd’hui dix fois plus élevé qu’il y a dix ans. »

 

Comment inverser la tendance ?

« Il ne faut pas croire qu’aucune action n’est entreprise. Le jour de la sortie de cette étude dans la presse, deux personnes suspectées de braconnage envers des éléphants du Parc National du Minkébé ont été arrêtées au Congo et ce, grâce, entre autres, au soutien du WWF. Sur l’initiative du ministère des Forêts de la République du Congo et avec l’aide de différentes ONG dont le WWF, une réunion a par ailleurs récemment eu lieu afin d’établir un plan d’action national pour l’ivoire. Les pays signataires de la CITES – la Convention sur le commerce international des espèces menacées - ont quant à eux exhorté un certain nombre de pays à développer au plus vite un plan d’action national pour l’ivoire (NIAP). Les états dont la législation comporte des failles se verront imposer des sanctions s’ils ne font rien pour combler ces lacunes. »

 

Est-ce une question de financement ?

« Accroître le nombre de patrouilles anti-braconnage et de rangers permettrait certainement de lutter plus facilement contre le braconnage des éléphants. Le WWF œuvre à cet effet à la création de nouveaux postes de rangers au Cameroun. Les gouvernements devront investir plus d’argent dans la lutte contre le braconnage afin de protéger les principaux lieux de vie des éléphants. Trop nombreux sont les parcs, dont le Parc National de Minkébé, qui n’ont pas suffisamment de moyens financiers pour lutter contre le braconnage. Ne vous méprenez pas, le Parc National de Minkébé et les zones naturelles qui l’entourent s’étendent sur quelque 32 000 km², ce qui équivaut à la taille de la Belgique. Le parc de Minkébé fait par ailleurs partie de la zone TRIDOM, une forêt unique couvrant environ 178 000 km² au Gabon, au Cameroun et en République du Congo, un espace comparable à plus de quatre fois la taille des Pays-Bas. Il s’agit malheureusement d’une zone prisée par les braconniers. Nos collègues des ’African Parks’, également soutenus par le WWF, protègent certains parcs naturels particulièrement vulnérables tels que les parcs d’Odzala et de la Garamba, mais ils ne peuvent pas tout faire. La réponse à la question du financement est donc “oui”. Nous avons un besoin urgent et important de ressources pour sauver les éléphants. L’Union européenne, les États-Unis, l’Allemagne et la France se montrent déjà très actifs. Idéalement, les Pays-Bas, la Belgique et les pays scandinaves devraient eux aussi investir dès maintenant pour la survie de l’éléphant de forêt d’Afrique. »

 

Que font les gouvernements dans ces régions critiques ?

« Le Gabon est déterminé à enrayer le braconnage mais malheureusement, les peines encourues sont encore beaucoup trop légères. La peine maximale encourue pour le braconnage est de six mois de prison. Nous voulons insister sur le fait que le niveau de sanction devrait être beaucoup plus élevé. Une meilleure coopération avec les pays frontaliers ainsi qu’avec le pouvoir judiciaire est également indispensable. Nous avons par exemple constaté que les 20 braconniers d’ivoire (dont huit trafiquants) arrêtés ces six derniers mois en République du Congo avec l’aide du WWF ont été condamnés à une peine de prison moyenne de quatre ans. Mais, au Gabon, les lois sont toujours trop laxistes. Les gestionnaires des parcs nationaux du Gabon sont en sous-effectifs et ils ne peuvent protéger seuls ces vastes domaines. De plus, nous constatons régulièrement qu’en raison d’un contrôle insuffisant de l'application des condamnations, les personnes condamnées sont relâchées sous de faux prétextes. Au Congo, nous faisons appel à un avocat qui visite régulièrement les prisons afin de vérifier que les peines sont effectivement purgées. La légèreté des peines entraîne par ailleurs une hausse des récidives dans le domaine de la criminalité liée à la vie sauvage. Le braconnage est donc une activité criminelle lucrative qui, en outre, n’entraîne pas de sanctions dissuasives. Selon moi, nous devrions investir davantage dans des services de recherche spécialisés dans la criminalité liée à la vie sauvage pour poursuivre plus activement les braconniers et les trafiquants. »

 

Des politiques répressives suffiront-elles à sauver les éléphants du braconnage ?

« Non. Le braconnage ne faiblira que si les conditions sociales des populations locales s’améliorent. Il est également très important d’opérer un travail de sensibilisation dans les écoles et par le biais des médias pour souligner l’importance historique et culturelle de l’éléphant d’Afrique. C’est un sacré travail mais nous continuerons à œuvrer de concert avec les autorités et les organisations partenaires pour protéger l’éléphant de forêt. La préservation des éléphants de forêt est primordiale, non seulement parce qu’il s’agit d’une espèce emblématique, sociable et intelligente mais aussi parce qu’ils sont d’une importance fondamentale pour les forêts humides tropicales. De nombreux arbres sont en effet dépendants des éléphants de forêt pour répandre leurs graines. On ne les surnomme pas les “jardiniers de la jungle” pour rien. »

Armes saisies
Pauwel de Wachter de WWF avec Collègues sur le terrain

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