Le changement climatique menace la moitié de toutes les espèces végétales et animales des zones naturelles les plus importantes du monde

Le changement climatique menace la moitié de toutes les espèces végétales et animales des zones naturelles les plus importantes du monde

L'Amazonie, les forêts de Miombo en Afrique australe et la région méditerranéenne ne comptent parmi les endroits les plus touchés au monde, selon un nouveau rapport du WWF.

Mardi 13 mars 2018 — D’ici la fin du siècle, l’Amazonie et les Galapagos risquent de voir disparaître jusqu’à la moitié de leurs espèces végétales et animales à cause du changement climatique si les émissions de C02 continuent d’augmenter. 

Bruxelles, le 14 mars 2018. D’ici la fin du siècle, l’Amazonie et les Galapagos risquent de voir disparaître jusqu’à la moitié de leurs espèces végétales et animales à cause du changement climatique si les émissions de C02 continuent d’augmenter. L’Accord de Paris sur le climat prévoit de contenir le réchauffement climatique sous le seuil des 2 °C. Même si cet objectif est atteint, ces deux régions pourraient néanmoins perdre 25 % des espèces qu’elles abritent. Ce sont les conclusions d’un nouveau rapport inédit de l'Université d'East Anglia, l'Université James Cook et du WWF.

 

Le rapport a été publié aujourd’hui dans la revue Climatic Change. Les chercheurs ont étudié l’impact du changement climatique sur près de 80 000 espèces végétales dans 35 régions qui abritent une importante variété de flore et de faune sauvages. Différentes hypothèses climatiques ont été examinées, d’une hausse des températures de 2 °C à un scenario de l’inaction qualifié de « business as usual » selon lequel les températures moyennes mondiales pourraient augmenter de 4,5 °C.


Isabelle Vertriest, Directrice des programmes internationaux du WWF-Belgique : « En Zambie, le WWF-Belgique soutient le Parc national de Sioma Ngwezi, situé dans une région qui abrite des forêts de miombo. Cette région écologique a été examinée dans le nouveau rapport. Elle est en proie à des sécheresses qui durent plus longtemps que par le passé. Par conséquent, les bassins qui retenaient l’eau tarissent plus rapidement. Les éléphants sont donc obligés de sortir du parc pour trouver de l’eau. Cette situation provoque des conflits avec la population locale qui dépend des mêmes sources d’eau pour son bétail. C’est ainsi que le WWF construit dans cette contrée des puits qui fonctionnent avec de l'énergie solaire. Toutefois, si nous ne limitons pas les dégâts liés au changement climatique, les problèmes risquent de devenir incontrôlables ».

Dans la région méditerranéenne, 30 % des espèces animales et végétales sont déjà sous pression, bien que le réchauffement n'y augmente que de 2°. L'augmentation de la chaleur provoque une spirale négative avec davantage d'incendies de forêt qui dépouillent la végétation de ses feuilles. Cet appauvrissement en feuillages entraîne à son tour une augmentation de température et ainsi de suite. Si la température moyenne mondiale venait à augmenter de 4,5 °C, les climats de ces régions deviendraient inadaptés pour bon nombre de plantes et animaux qui y vivent actuellement :

  • Jusqu'à 90 % des amphibiens, 86 % des oiseaux et 80 % des mammifères des forêts de miombo, en Afrique pourraient disparaître localement ;
  • L'Amazonie pourrait perdre 69 % de ses espèces végétales ;
  •  Le sud-ouest de l'Australie risquerait de perdre 89 % de ses amphibiens ;
  • 60 % des espèces de Madagascar sont menacées d'extinction localement. 

Les Fynbos du Cap-Occidental en Afrique du Sud (une région où sévit une sécheresse sans précédent qui a entraîné des pénuries d'eau), pourraient être affectés par l'extinction d'un tiers de leurs espèces, dont la plupart sont uniques à la région.

En outre, le rapport souligne que des températures moyennes plus élevées et des précipitations plus irrégulières pourraient devenir la « nouvelle norme », avec des précipitations significativement moins abondantes en région méditerranéenne, à Madagascar et dans le Cerrado-Pantanal en Argentine. Les effets potentiels incluent : 

  • Pression sur l'approvisionnement en eau des éléphants d’Afrique – qui ont besoin de boire entre 150 et 300 litres d'eau par jour ;
  • 96 % des aires de reproduction des tigres des Sundarbans (forêt de mangroves située entre le Bangladesh et l'Inde) pourraient être submergées en raison de l'élévation du niveau de la mer ;
  • Moins de tortues marines mâles en raison de la détermination du sexe des œufs par la température ;
  • La région méditerranéenne pourrait voir disparaître 69 % de ses plantes et 60 % de ses mammifères. 

 

Comme des rats pris au piège

Le risque d'extinction locale diminuerait de 25 à 20 % environ avec une augmentation de la température moyenne mondiale de 2°C, si les espèces arrivent à migrer librement vers de nouveaux sites. Dans le cas contraire, il se peut qu'elles ne puissent pas survivre. La plupart des plantes, amphibiens et reptiles, comme les orchidées, les grenouilles et les lézards, ne peuvent pas se déplacer assez rapidement et s’adapter à ces changements climatiques. En outre, de nombreuses espèces sont prises au piège dans leur région et ne trouvent pas d'autres abris à cause de la fragmentation des réserves naturelles (due à la reconversion des terres, à la construction de routes et à d'autres infrastructures humaines).

Ce rapport est publié à l’approche d’Earth Hour, la plus grande campagne mondiale de mobilisation pour la planète. Le samedi 24 mars, des millions de personnes dans le monde entier se réuniront pour célébrer Earth Hour afin de démontrer leur engagement à réduire les émissions mondiales de C02 et à protéger les populations, la faune et la flore des effets du changement climatique. À cette occasion, le WWF propose 3 actions concrètes afin d’agir pour la protection de notre biodiversité face au changement climatique. Découvrez-les ici : www.wwf/fr/earthhour

 

Quelques espèces étudiées dans le rapport

  • Les léopards des neiges : ils vivent déjà dans des conditions extrêmes. Cette situation les rend particulièrement vulnérables aux changements climatiques. Leur habitat diminuera de 20 % en raison du changement climatique. Ils seront ainsi placés en concurrence directe avec les léopards communs pour se nourrir et s’abriter, ce qui conduira probablement à une nouvelle baisse de leur nombre.
  • Les tigres : ils trouvent refuge dans des paysages très fragmentés et seront grandement touchés par la perte d'habitat induite par le climat. Outre la situation des tigres des Sundarbans, Il est peu probable que les tigres de l’Amour survivent jusqu'au siècle prochain si l'étendue et la qualité de leur habitat sont réduites par les changements climatiques.
  • Les ours polaires : ils sont parmi les espèces les plus sensibles au changement climatique parce qu'ils dépendent des banquises pour vivre et manger. Les jeunes ours polaires qui ne pratiquent pas la chasse sont particulièrement touchés par les pénuries alimentaires dues à la fonte des banquises. Les ours polaires sont déjà en déclin dans certaines régions. À titre d’exemple, la population de la baie d'Hudson a déjà été réduite de 22 % - et devrait diminuer fortement d'ici la fin du 21e siècle en raison du changement climatique.
  • Les tortues marines : elles sont très sensibles au réchauffement climatique. Alors que les individus adultes sont connus pour se déplacer afin d'éviter les eaux trop chaudes, le changement climatique aura un impact considérable sur leur progéniture. Les tortues terrestres et les tortues d'eau douce font partie des espèces dont la détermination du sexe dépend de la température. Des températures plus chaudes produiront plus de femelles. De plus, une augmentation des inondations augmentera la mortalité de leurs œufs et un sable plus chaud produira également des bébés plus petits et plus faible.
  •  Les orangs-outans ont un mode de vie solitaire qui leur permet de se déplacer facilement pour faire face à la disponibilité réduite de nourriture due aux changements climatiques. Cependant, les femelles sont très attachées à leur territoire, ce qui les empêche de se déplacer, et peut les mettre en péril. En effet, il y a une réduction générale de l’habitat forestier à cause de  la déforestation, le changement climatique et d'autres pressions humaines.

 

Pour plus d’informations

Cynthia Bashizi Nabizana | Press manager & Porte-parole | WWF-Belgique| cbn@wwf.be | 02 2 340 09 30-0488 066 665

 

Notes à la rédaction :

  • La recherche a été évaluée scientifiquement par des pairs et publiée le 14 mars 2018 dans la revue universitaire Climatic Change sous la référence : « The implications of the United Nations Paris Agreement on Climate Change for Globally Significant Biodiversity Areas » par  Warren, R.1, Price, J., VanDerWal, J., Cornelius, S., Sohl, H.
  • Le WWF est l’une des plus grandes organisations internationales de conservation de la nature et l’une des plus expérimentées. Il est actif dans plus de 100 pays et compte plus de 5 millions de sympathisants dans le monde. Le but du WWF est de léguer aux générations futures une planète vivante. Le WWF œuvre pour la conservation des espèces sauvages et de leurs habitats naturels : forêts, zones humides et océans. Le WWF contribue également à trouver des solutions aux pollutions, aux gaspillages des ressources naturelles et au réchauffement climatique.
  • Soutenez le travail du WWF et surfez sur www.wwf.be

 

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