Un rapport européen sur la nature exhorte la Belgique à agir davantage

Un rapport européen sur la nature exhorte la Belgique à agir davantage

Jeudi 26 avril 2018 — La Belgique passe à côté de nombreuses opportunités en raison de l’absence de connectivité entre ses réserves naturelles. En outre, le gouvernement délivre beaucoup de permis pour des activités économiques qui ont une incidence négative sur la nature. C'est ce qui ressort d'un rapport européen rédigé par 18 organisations de conservation de la nature. 

La Belgique passe à côté de nombreuses opportunités en raison de l’absence de connectivité entre ses réserves naturelles. En outre, le gouvernement délivre beaucoup de permis pour des activités économiques qui ont une incidence négative sur la nature. C'est ce qui ressort d'un rapport européen rédigé par 18 organisations de conservation de la nature. Ce rapport est publié un an après le lancement par la Commission européenne d’un plan d'action visant à améliorer l'application de la législation européenne en matière de protection de la nature.

En 2016, la Commission européenne avait réalisé une évaluation à grande échelle en vue de mesurer l'efficacité des plus importantes lois européennes relatives à la protection de la nature : les directives « Oiseaux » et « Habitats ». Cette étude avait souligné le bon fonctionnement de ces directives tout en mettant en exergue le laxisme de nombreux États membres dans la mise en œuvre d'une politique pour une nature saine.

C’est à la suite de cette évaluation que la Commission européenne a adopté son plan d’action. L’objectif étant d’améliorer, à court terme, la qualité du réseau européen des réserves naturelles et d’encourager les États membres à agir davantage. Quel est le bilan de cette action un an après ? 18 organisations de conservation de la nature se sont penchées sur cette question. BirdLife, le Bureau européen de l'Environnement et le Bureau de Politique européenne du WWF ont collecté les données au niveau européen. Les informations pour la Belgique ont été fournies par Natuurpunt, Natagora et le WWF-Belgique.

 

Bonne transposition des lois européennes…

En Belgique, le réseau européen Natura 2000 couvre une superficie totale de 5 158 km2, répartis sur 310 zones. En Flandre, ce réseau comprend des zones naturelles connues telles que la lande de Kalmthout, le Zwin et la forêt de Soignes (interrégionale). Pour la Wallonie, il s'agit notamment des Hautes-Fagnes et de la réserve de Virelles. Le rapport indique les domaines pour lesquels la Belgique obtient de bons résultats, à savoir la bonne transposition des lois européennes sur la nature dans la législation nationale et le bon déploiement du système de suivi de la qualité de la nature.

 

…mais des opportunités inexploitées

En revanche, la Belgique obtient de piètres résultats en matière de connectivité. En effet, les réserves naturelles sont trop fragmentées pour assurer aux espèces une migration régulière et sûre ou encore pour amortir, de manière adéquate, l'impact négatif de certaines activités (notamment le trafic routier ou l’utilisation des engrais chimiques comme l’azote dans l'agriculture intensive). Pourtant, le fait de relier les espaces naturels existants est bénéfique à bien des égards :

  • Pour le bien-être de la biodiversité de manière générale et particulièrement pour les espèces pollinisatrices (abeilles et autres insectes), si importantes pour notre agriculture.
  • Pour les humains. En effet, les corridors écologiques offrent plus d’espace pour l’aménagement de pistes cyclables et de chemins de randonnée.
  • Pour restaurer la structure des paysages, souvent monotones en raison de l’agriculture industrielle. Il en résulterait des paysages aussi écologiques qu’esthétiques, essentiels à l’activité touristique régionale.

Tous ces faits énumérés constituent un éventail d’opportunités actuellement très peu exploitées mais dont la Belgique pourrait tirer profit.

Un autre fait négatif important épinglé dans le rapport s’avère être la politique d'octroi de permis dont plusieurs ont été délivrés pour des activités économiques ayant un impact néfaste sur les sites Natura 2000. « Depuis quatre ans, le Gouvernement flamand a approuvé les objectifs de nature pour les sites Natura 2000 flamands. Malgré cela et après des années de consultation, la manière dont la Flandre souhaite atteindre ses objectifs n'est pas encore très claire », déclare Benno Geertsma, expert Affaires publiques de Natuurpunt. « Dans la pratique, nous constatons que le gouvernement ne tient pas toujours compte des lois européennes sur la protection de la nature dans sa politique d'octroi de permis. L'expansion de la société de transport H.Essers à Genk en est l’exemple le plus frappant », explique Benno Geertsma.

Sofie Ruysschaert, experte Vie sauvage au WWF-Belgique : « La nature dans notre pays est très fragmentée. En outre, seul un nombre limité de réserves naturelles bénéficient d’une protection européenne selon Natura 2000. En conséquence, les services écosystémiques rendus par ces réserves tels que l’hébergement de la biodiversité, la purification de l'eau, le stockage du CO2 et les activités récréatives sont menacés. Nous avons besoin de toute urgence d'une politique globale qui reconnaisse la nature à sa juste valeur. Dans un pays très développé comme la Belgique, où chaque lopin de terre fait l’objet d’un débat, les connexions écologiques sont essentielles pour que les espèces puissent migrer aisément et que les humains puissent aussi en profiter. Cette connectivité est donc cruciale pour la résilience et la santé de notre nature et donc de nous tous ».

Le rapport identifie également des points à améliorer. C’est le cas du « Vlakte van de Raan ». Ce banc de sable en mer du Nord méritait d’être protégé depuis longtemps. Cette zone a finalement été reconnue comme telle au début de 2018, après des années de retard. Pour la protection des espèces également, il est temps de passer à la vitesse supérieure. De nombreux plans d'action sont prêts, mais leur approbation ainsi que les actions concrètes sur le terrain tardent à se mettre en place. In fine, la Belgique doit se donner les moyens de ses ambitions. Ce qui n’est pas le cas pour l’instant car le budget alloué à la nature reste insuffisant pour réaliser les investissements nécessaires.